Voilà ce livre qui m'arrive à point nommé. Moi qui travaille auprès de personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer, je ne serai probablement jamais aussi proche de ceux et ce que Christian Bobin le décrit admirablement. Quoiqu'après lecture, je n'en suis plus si sûre.
Je me permet de citer un ou deux passages:
"La maladie d'Alzheimer enlève ce que l'éducation a mis dans la personne et fait remonter le corps en surface"
"C'est par les yeux qu'ils disent les choses, et ce que j'y lis m'éclaire mieux que les livres".
Cet ouvrage m'a remuée , profondemment émue tant il est riche d'humanité.
Je ne sais pas pour vous, mais lorsque je me couche le soir, je ressens fréquemment le besoin de faire un bilan mental de la journée.Relever les points positifs, les négatifs, les améliorations à fournir, etc... Il y a donc ces journées qui, à peine entamées, font résonner en moi et jusque dans ma bouche des "j'aurai mieux fait de rester couchée". Il y a ces autres jours où de brefs instants réussissent à embellir voire illuminer la totalité des heures. Et il y a ce dimanche là. Cette journée d'hier où la douleur de l'autre vibre si fort qu'elle fait écho en moi. Cette douleur là qui m'attrappe les boyaux et me plaque contre un mur, m'empêche de penser et d'agir et me tétanise. Les mains comme liées. Face à la douleur de l'autre. Intolérable, insoutenable.
Je sors de la chambre, je m'enfuis, je cours presque, je me cramponne à mon chariot comme à un alibi pour m'emmener en un endroit plus isolé. Je me sers un verre d'eau; face à la fenêtre, je peux voir le clocher de l'église. Les larmes viennent enfin me libérer, me soutenir et m'accompagner. J'ai craqué.... mais j'aurai préféré hurler aussi fort que l'autre criait sa douleur. Je n'ai pas pu. C'est elle qui avait mal, pas moi. Moi, je suis celle qui fait mal, même si. Même si je suis la soignante. Du beau verbe Soigner. Je lui collerai bien des ailes d'anges à ce verbe. Soigner. Ce serait joli. Au moins. ça aiderai à faire passer la pilule.
Mais la réalité était bien là, dans ses, non ces cris. Je vous entend vous dire, vous qui êtes au fait des traitements antalgiques et autres palliatifs: "où est la prise en charge de la douleur là dedans??" Elle est là. Mais ma soignée résiste. Elle a ses patchs morphiniques, son traitement avant les soins spécifiques. Mais non, elle n'est pas soulagée. Même pas somnolente. Elle a peu de bénéfice du traitement. On se pose tous la question, on avance à tatons. Je me dis que la douleur n'est pas seulement dans ses abominables pieds. Sa douleur est planquée ailleurs, là où les traitements agissent moins bien. Logée dans son cerveau, dans son "psyché". La dedans, la morphine ne soulage pas.
Sa souffrance justement, c'est probablement d'être dans cette chambre qu'elle n'était pas capable de choisir. c'est ne plus pouvoir marcher sur ses abominables pieds. Ne plus communiquer clairement parce que là haut les connections ne se font plus, parce que l'audition a baissé et la vue aussi. Elle ne sait plus saisir sa fourchette ni s'en servir pour porter les aliments à sa bouche. Déglutir, voilà une chose qu'elle sait encore tout juste faire. Sa souffrance, c'est de ne plus être maître à bord, de ne plus posséder ce corps qu'elle habite encore et qu'elle traîne comme un fardeau. Ne plus être capable d'agir alors qu'il y a encore tant à faire. Voir ces femmes en blanc, agir sur son corps sans pouvoir leur dire si ce qu'elles font lui fait du bien ou pas. Alors ces douleurs, vous comprendrez bien qu'elle ne peut pas les garder. Aussi, pour nous dire tous ses ressentis, tout ce qu'elle endure et combien ça lui est difficile, et bien, elle nous les hurle au visage. Des fois qu'on comprendrait pas, Elle doit même en douter parfois, de notre compréhension. Parce que soigner, c'est ce qu'on fait toutes ici, dans nos rôles respectifs. C'est ce que je suis venue faire en ce dimanche.
Mais je suis humaine et sensible. Et ses douleurs ont dépassé mes limites. Alors, je me demande après cela, comment puis-je encore prendre soin de ces personnes affaiblies, diminuées, si moi même je faiblis?
Décidemment, je ne suis pas d'ici. (ou bien est-ce un souhait enfoui loin loin..)
(ou une envide fuite?) Ces notes successives me le révèlent.
La musique (pas les paroles hein , on se comprend bien là?) anime en moi la joie, l'envie de danser, le besoin d'aller au delà. Elle m'entraine vers un je ne sais où, dans des coloris peu explorés (je sais, dans la chanson c'est le rouge, mais moi je parle de l'ambiance musicale). Evidemment, les paroles sautent à la gueule, (le morceau est peut-être mal choisi).
Cette musique là, me fait admettre qu'aujourd'hui ma détresse n'est plus, (un grand vide alors?).
Cette musique là me mobilise.
Seulement, l'absence de son souffrance a un goût de pauvreté dans mon discours. Dois-je demander un peu de maux pour enrichir les propos?
J'abandonne les vieilles rancunes et rancoeurs sans m'empêcher de buter un peu dans mes nouvelles chaussures. "Je calque mes pas sur celui de mon voisin".
Où je l'ai lue cette phrase? Un titre de film ou de livre..
Qu'est-ce qu'elle fout là cette phrase?
Je me suis vue dans ces fameuses chaussures neuves, je me suis avançant (et oui finalement!).
Mais je n'avance pas seule dans l'histoire, y'a du peuple.
Est-ce qu'on place tous la barre aussi haut?
Gaffe ma grande. Tu dois aller la descendre cette foutue barre, mais pour la descendre, faut aller la chercher.
Je règle mon pas sur celui de mes ancêtres..
Non-non-non. Obligations.
Voilà, on y est, je me dois de placer la barre moins haut, pour mes petits. Non?
Tant d'exigeance avec soi même laisse une empreinte, risque d'être transmise.
Tant de paralysie aussi.
Pas bouger. Sinon tu risques de..
Bouge pas!
Hier soir Chloé cherchait une lecture-BD pour accompagner son endormissement. Elle parcourait la bibliothèque, sortait les BD les unes après les autres avant de faire son choix, et un tas de petits bazars est tombé du dessus.. C'est alors que, fatiguée d'un mercredi je me suis mise à beugler, enfin râler quoi, devant le bazar retrouvé à terre. Chloé était en train de prendre sa respiration pour probablement argumenter que "c'est pas de ma faute", quand je me suis entendue lui dire "mais arrête de t'énerver comme ça". Ses grandes billes bleues m'ont regardé, interloquées... "ça va pas bien toi" me suis-je dit en mon fort intérieur (Arno a même acquiescé du regard).
Avec quelques heures de recul, je trouve ça intéressant (pas de beugler hein). Comme si mon inconscient avait pris la parole et les rennes un bref instant. Révélation de la journée! Car le ton de ce mercredi était: -je crie et après on discute, -je crie parce que c'est moi la mère et c'est moi qui décide -je crie parce que vous criez parce que vous êtes des enfants en bonne santé (c'est vrai quoi, de quoi je me plains??) -je crie parce que je veux ramener le calme à la maison -je crie parce qu'on ne mange de pas de chewing-gum après le p'tit-dej -je crie parce que je sais pas parler -je crie parce que j'arrive pas à mettre le doigt sur TOUS les trucs qui clochent -je crie PARCE QUE Je crie parce que je suis commune à d'autres. Filles, femmes, mamans, épouses, voisines, collègues, névrosées, conductrices, chieuses, lunatiques,... Je suis commune. Une fausse commune...
ça met le pied d'estale un peu plus haut que je ne l'avais envisagé. Mais je m'en fous du pied d'machin. J'ai des nouvelles chaussures.
Mais moins de voix.
NB: j'ai installé un petit lecteur à gauche là, ça vous plaît?
ajout du midi: ce morceau aurait mieux convenu:
Paolo Nutini - New shoes
Et voici les paroles:
Woke up cold one tuesday, i'm looking tired and feeling quite sick, i felt like there was something missing in my day to day life, so i quickly opened the wardrobe, pulled out some jeans and a T-Shirt that seemed clean, topped it off with a pair of old shoes, that were ripped around the seams, and i thought these shoes just don't suit me.
CHORUS:
Hey, I put some new shoes on, and suddenly everything is right, I said, hey, I put some new shoes on and everybody's smiling, it so inviting, Oh, short on money, but long on time, slowly strolling in the sweet sunshine, and i'm running late, and i dont need an excuse, 'cause i'm wearing my brand new shoes.
Woke up late one thursday, and i'm seeing stars as i'm rubbing my eyes, and i felt like there were two days missing, as i focused all the time, and i made my way to the kitchen, but i had to stop from the shock of what i found, a room full of all my friends all dancing round and round, and i thought hello new shoes, byebye blues.
CHORUS
Take me wandering through these streets, where bright lights and angels meet, stone to stone they take me on, im walking to the break of dawn. (x2)
En attendant le début du concert lundi soir, je me plaisais à dévisager dans la salle, sans trop insister, les gens autour de moi. Regarder comment leur visage est fait, quelles expressions, à quels moments,... Mal m'en a pris. Au fur et à mesure de mes observations, leurs visages m'étaient projetés avec 40 ans de plus. Entourée de petits vieux. Je me suis demandée si c'était un signe (serais-je en train de devenir Médium?). Un appel au travail? (n'ai pas oeuvré depuis une semaine). Reste que tous ces inconnus avaient de belles expressions, actuelles comme futures, de belles âmes peut-être, de belles rides,....
J'ai regardé Arno, et rien ne s'est produit. Son visage est resté jeune (enfin..). Il m'a sourit. Je me suis empêchée ensuite de regarder qui que ce soit, persuadée de porter en moi une malédiction. Projeter l'avenir, même physique, ne me motive pas. Ne me fais pas peur. Ne suscite (en moi) aucune espèce d'intérêt.
En simplifiant, j'étais probablement prête au décollage proposé par l'artiste de cette soirée.
Il y a des moments comme ça, comme cette question qui tourne en rond dans ma tête, j'y trouve des réponses, une réponse, mais la question revient alors ça doit vouloir dire que je n'ai pas trouvé la bonne solution. Et le provisoire m'inconforte.
J'avais fini ma note ici. Mais je sens que je pourrais développer un peu plus.
Croix de bois - croix de fer, si je mens, j'irai en enfer. Carrefour, virage, c'est comme vous voulez bien l'appeler. Je sais pas pourquoi ça ne m'est pas sauté aux yeux tant c'est évident. Toutes ces errances, ces doutes, ces reculons. J'y suis, au carrefour. J'ai tant de décisions à prendre (pas toutes toute seule) que ça ne me suffit pas. J'en rajoute un peu chaque semaine. Une liste SVP!
Voilà les questions qui ont cours: * déménager en province (# boulots, # habitudes, #éloignement des amis-famille) * acheter une maison (trouver une maison--chercher une maison) * changer de voiture (est-ce bien nécessaire?) * reprendre les études (me spécialiser- perfectionner) * s'engager dans l'écologie (de quelle manière-où-quand-comment- avec qui?-...)
Et forcément ces alternatives ne sont pas toutes compatibles entre elles. (mais si ç'avait été simple, vous ne seriez pas là en train de le lire!).
Mais la question primordiale, fondamentale, est: Est-ce que laisser le bouchon du Bic sur le bout du stylo influe sur ma manière d'écrire, sur la forme des lettres? (ne me dites pas que vous ne vous êtes jamais posés la question). Pour moi, c'est sans bouchon, allez savoir pourquoi..
Bien entendu, je n'ai pas de réponse immédiate à mes questions, mais je ne suis pas encore trop pétrifiée d'angoisse. No soucy. Je n'ai pas non plus de timing, mais le temps paraît long quand on se pose mille questions - trop de questions. Impatiemment trop de questions.
La solution est peut-être dans des choix plus légers? * Me teindre en rousse ou pas? (je suis déjà certaine d'avoir des origines celtes car j'ai adopté Loreena.)(ou l'inverse). * changer de voiture (AH, ah!) * prendre des cours de yoga * mettre du fond de teint (si si, là en post-maladie, j'ai le teint "musée Grévin") * dormir avant minuit
Le virus saisonnier a finalement raison de moi, et ce malgré les vaccins....
Alors pour continuer d'aller de l'avant je me passe cette chanson en boucle même si je ne pige pas un mot d'espagnol!!! (traducteurs et trices bienvenues!!)
Respirer. Inspirer, expirer. Mouvements simples mais douloureux en ce moment parce que quelquechose couve en dedans.
Alors je respire. Je regarde autour de moi, je vois toutes ces photos, placardées aux murs.. Non c'est faux. Elles ne sont pas placardées. Elles sont encadrées, clouées, accrochées. Elles témoignent. Elles sont là. Pour me rappeler qui je suis.
Bérangère, 32 ans, quelques cheveux blancs, maman de deux enfants, un peu paumée cette dernière année certe. (Certe c'est mon nouveau mot, vous allez le voir souvent en 2007).
J'ai toujours voulu devenir sans avoir jamais eu (pu avoir, voulu avoir) conscience de ce que je suis. Je suis cet être en devenir permanent, qui souffre sans cesse de ne pas être mieux que ce qu'il est parce que il n'aime pas ce que je suis, parce que je n'arrive pas à devenir ce que je ne sais pas quoi ni comment être.
Uh là, c'est complexe c't'histoire. On est combien là dedans?
Aussi en 2007, je promet de ne rien devenir. Promis. Rien de noir. Rien de trop sombre.
J'entend une p'tite voix (encore une oui oui) qui dit "mets de l'huile".. et ça tombe j'en ai acheté tout plein de différentes: huile de noisette, sésame, olive, noix, etc..
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