Accompagner, mener, persévérer, poursuivre, croire.
Tout est possible.
Avec les conditions.
Se donner les moyens.
Et croire, encore.
Cet après midi, je suis allée dans l'unité protégée, je m'y suis promenée avec 2-3 personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer. La première sentait le chocolat, alors je le lui ai dit. Et comme elle n'entendait pas, je lui ai DIT dans l'oreille et plus fort: vous sentez bon le chocolat!
Elle a serré la paume de ses mains comme pour faire une prière puis m'a souri.
Pourtant j'ai pas mangé de chocolat, ça alors .. que fait-on maintenant ? je sais pas quoi faire.
Je vous emmène faire un tour ?
Avec plaisir! Vous êtes un amour !
les quelques paroles ont été ponctuées de nombreux échanges de baisers arôme chocolat, comme pour me remercier [?]
à notre ballade couloirdesque sont venus se greffer deux autres résidants.
Un monsieur, qui était en cours de dévastation de nappe (en fait il se la bagarrait avec une autre personne, c'était à celui qui la mettrait en premier par terre), à qui j'ai tendu la main. Il l'a happée, la serrée puis m'a suivit. Il a vainement tenté d'analyser l'emboitement de mon index dans ma main puis a renoncé après que je lui ai dit qu'il y allait un peu fort..
Une nouvelle petite dame, dont la maladie est tant évoluée qu'elle a oublié la langue française et est retournée dans sa langue natale: l'italien. Elle, s'est saisi du bas de mon gilet, a passé l'extrémité de ses doigts dessus, comme pour tâter le tissu, mieux le comprendre, et savoir qui je suis.
Je m'étais pourtant présentée: Bonjour madame, Je suis Bérangère, l'infirmière référente. Comment allez-vous ?
Aqui ?
Seulement je ne parle pas italien.
Après quelques minutes en sa compagnie, j'ai tout juste bredouillé domani avant de la quitter.
Qua ? Que ?
Flute donc de ne pas savoir parler sa langue. Je l'ai laissée en faisant un geste de la main, pour lui signifier mon départ. Mais aura-t-elle compris ?
[jolie photo piquée à belle-maman & Chloé, prise lors de leur escapade au Carnaval de Nice]
Enfin. dans l'escalier qui me remonte au bureau, j'ai senti.
Toute la chaleur, ces regards soutenus, ces mains tenues, ces embrassades, ces petites attentions, sont venus raviver les braises dormantes du fond. Celles qu'on oublie, celles qu'on laisse involontairement de coté parce que c'est comme ça et qu'il y a tant de choses à faire et à penser [panser].
J'avais oublié d'entretenir le petit feu qui brule en moi, celui qui aurait pu s'éteindre.
Celui qui attend patiemment dans l'ombre, qui guette les messages, les gestes.
Celui qui chauffe le bouillon de larmes, qui l'entretient, et qui protège ma sensibilité.
Il est toujours là. Je suis toujours là.
Je suis vivante.
[et pour ceux qui veulent de la musique, cliquez sur la flèche verte dans le coin en haut à droite..]
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